Lu_Barbets « Je dédie aux Niçois

ayant horreur de la servilité partisane 

qui prostitue la narration des faits,      

aux passions des puissants                   

et aux ires des factions,                           

ce livre destiné à restituer intacte,         

à la vérité de l'histoire,                            

les malheureux évènements                     

vécus par nos pères. »                                                                                             

Joseph André

« En mars 1793, il y eut à Moulinet de courageuses batailles et des luttes acharnées; et de nouveau, Sospel, fut dans la même situation ; les Commissaires de la convention, qui étaient alors Grégoire et Jagot, adressèrent une lettre au comité de guerre, dans laquelle ils affirmaient que lors du second assaut des Piémontais, se formèrent des soi-disant milices, qui s'unirent aux Piémontais; qu'elles firent feu sur les soldats républicains, et qu'une bonne partie de ceux-ci furent fait prisonniers par ces milices. A Moulinet les français restèrent quelque temps; la même lettre, indique que les français avaient traité les habitants comme des frères, et que malgré cela ils se battirent contre eux; même les femmes entassèrent des pierres et des tuiles, et prirent une part très vive à la lutte. Les soldats furieux les chargèrent à la baïonnette. La lettre précise, qu'il fallu toute l'autorité du général Brunet pour mettre un frein à leur conflits entre les deux quartiers généraux, car les français ne voulaient pas reconnaître aux milices la qualité de belligérantes, et les considérant comme un  « ramassis de barbets ».                                                                                            Extrait de NICE 1792-1814    

 

C'est peut-être du au manque de documents ou d'archives, mais les quelques rares études effectuées à propos des Résistants Niçois, dans la période se situant entre 1792 et 1814, ont toujours mis les protagonistes en dehors du contexte de l'époque qui est l'invasion brutale du Pays de Nice par la France révolutionnaire.

Souvent qualifiés de brigands comme le feront lors de la seconde guerre mondiale les Allemands avec les Résistants Français, ces rebelles à « l'ordre nouveau » décrété en 1789 et imposé par une force étrangère n'avaient rien de bandits ou de criminels. Ces hommes issus de la société civile défendaient leurs foyers contre les armées révolutionnaires françaises (puis impériales) qui venaient les asservir.

Il existait pourtant un ouvrage publié en 1894 qui relatait avec précision le contexte dans lequel évoluaient les Niçois et a été écrit par le rédacteur en chef du journal Il Dirrito di Nizza: Joseph André.

L'auteur s'appuyant sur une multitude de documents originaux et de témoignages d'époque, nous restitue une part importante de l'histoire de Nice, très peu connue et on peut effectivement trouver très étrange qu'il ait fallu attendre l'année 2009 pour le voir refaire surface, être traduit de l'Italien et réédité grâce au président de la LRLN et du PARTI NICOIS: Alain Roullier-Laurens.                           

r_volutionnaires_fran_aisCette ouvrage révèle d'abord avec quelle violence le pays de Nice fut agressé, pillé et martyrisé pendant vingt-deux longues années le tout aux antipodes de l'image d'épinal relayée par les livres d'histoires  « officiels ». On y découvre aussi que la Résistance des Niçois, malgré la terrible oppression qu'ils subissaient fut loin d'être anecdotique ; « Il suffit de dire qu'au sein des milices, il y avait ceux qui, plusieurs fois, restèrent dix-huit heures sans manger, alors que d'autres soldats, durant ce temps, n'avaient rien pris d'autre comme nourriture qu'une demi-ration ; et que se trouvant sans nourriture et sans vin, ils devaient faire sans cesse des marches forcées, et dormir presque nus dans la région montagneuse niçoise, la plus haute et la plus froide. Une lettre du ministre de la guerre à Saint-André affirme que dans les diverses escarmouches, il y eut bien mille deux cents blessés du côté français, et ces mêmes Français, intrépides, éprouvaient une espèce d'effarement en combattant avec les milices, qui inspiraient la terreur aux soldats les plus aguerris.»

Dans Nice 1792-1814 nous découvrons avec quelle abnégation les Résistants Niçois combattaient. Une lettre observe à propos de certaines milices, « quand il s'agit d'aller contre des ennemis, les milices précèdent les troupes, et quand il s'agit d'avoir une partie du butin, ce sont elles qui sont contraintes de rester derrière »  et que les exactions faites contre les Niçois par la soldatesque révolutionnaire étaient monnaie courante et telles, qu'elles provoquèrent une enquête sollicitée par la Convention Nationale à Paris, c'est dire ! Nous sommes bien loin de la version toujours soutenue par la France actuelle, qui raconte le Peuple Niçois accueillant à bras ouvert les révolutionnaires français venus les libérer du « despote de Turin ».

En deux ans, douze conscrits seulement s'étaient présentés sur une liste de 504 inscrits... Le maire de Nice publia un avis dans lequel on lisait ces incroyables menaces: « N'espérez pas trouver quelque salut dans la fuite; celle-ci serait funeste pour vous et vos parents. Vous serez coupables de désertion, contraints de mener une vie pleine de misère, exposés à tous les dangers et vous serez la cause du malheur de vos familles ». Mais les exhortations furent vaines, puisque l'un des signes caractéristiques de ces temps fut la répugnance invincible de la jeunesse niçoise à se faire inscrire dans les rangs des soldats de la République, et plus tard de l'Empire; et ce, à tel point que les jeunes niçois préférèrent plutôt la vie dangereuse des miliciens sardes et plus tard une vie errante et pénible, à l'appel du premier magistrat de France. Douze conscrits en deux ans s'étaient présentés sur plus de 500 inscrits! Ce n'était pas un fait isolé, car l'histoire de vingt ans d'occupation est témoin de cette invincible résistance de la jeunesse niçoise.

Voici la circulaire publiée par le préfet Dubouchage, le 5 furctudor an XI de la république française, à l'attention des maires du Département: « j'ai été surpris, Citoyens Maires, de voir si peu de Réquisitionnaires et Conscrits des ans 7 et 8 s'enrôler pour les Compagnies de Cannoniers-gardes-côtes, et j'ai cru à propos de leur faire un dernier appel. Vous aurez soin de donner la plus grande publicité à la proclamation ci-jointe: faites-leur bien sentir que les rebelles courent à leur perte, et envoyez moi l'état de ceux qui se feront inscrire à mesure qu'ils se présenteront ».     Cette circulaire datant de l'an XI pourrait à elle seule démontrer le refus du Peuple Niçois de se soumettre pendant toute la longue période de l'occupation française, en opposition totale avec la version mensongère de l'histoire officielle enseignée en France toujours aujourd'hui.

Nous connaissons tous l'histoire de Tchoà Fulconis dit Lalin qui fut supplicié par les français et cloué sur la porte de sa mère à l'Escarène. La dépouille de ce grand chef de guerre fut ensuite traînée dans les rues de Nice puis exposée afin de terroriser la population, ce qui ne fit qu'accentuer la colère du Peuple Niçois. Une fable inventée par des pseudo-historiens embarrassés par le rejet massif des Niçois du régime révolutionnaire instauré par l'envahisseur français, raconte que le plus célèbre des Barbets se serait engagé dans la résistance pas forcement par conviction mais pour assouvir une vengeance, sous prétexte que son épouse aurait été violée par des soldats français. Lors de l'occupation du Pays de Nice, le viol des femmes par les bleus était monnaie courante, les assassinats et les tortures aussi, ce sont ces crimes qui ont essentiellement provoqué la révolte armée de la population. Lalin et ses nombreux compagnons ne se sont pas révoltés parce que l'on avait violé leurs femmes, mais parce que les Français martyrisaient le Pays de Nice.

Pour se faire une idée du nombre de Niçois qui résistèrent à l'occupant français et furent pour cela exécutés, il suffit de lire les noms des martyrs Niçois assassinés par la force occupante. Cette funèbre énumération est très incomplète car elle ne fait pas mention des Barbets tués en montagne ou exécutés dans les villages, mais uniquement à Nice et en seulement deux ans, alors que l'occupation française dura vingt-deux longues années. Nous nous contenterons donc de nommer ceux qui furent exécutés à Nice, en l'an 8 et 9 de la République comme ils sont consignés dans les courriers du général Garnier, l'un des bourreaux du Pays de Nice:

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